UN EXEMPLE PEU EXEMPLAIRE…

De l’évangile selon saint Luc (16, 1-8)

1 En ce temps-là Jésus disait aux disciples :
« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ?
Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”
3 Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ?
Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.
4 Je sais ce que je vais faire,
pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”
5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître.
Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”
6 Il répondit : “Cent barils d’huile.”
Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”
7 Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?”
Il répondit : “Cent sacs de blé.”
Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingt.”
8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté
en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. »


Commentaire
Même en lisant l’évangile, il faut oser s’étonner ; surtout lorsqu’il s’agit d’une parabole, c’est-à-dire d’une technique d’enseignement très en usage à l’époque.
Une parabole (du vocabulaire grec, signifiant « comparaison » ou même « énigme ») est un récit agréable à entendre et qui n’a pas pour seul objectif de fournir une illustration mais d’inviter à chercher une signification.
Leur logique détonne. Ainsi dans l’évangile d’hier nous entendions la parabole de la brebis perdue (Lc 15, 4-7) : qui trouve normal qu’un berger qui possède cent brebis en laisse quatre- vingt-dix-neuf seules pour aller rechercher celle qui s’est égarée ? Mais il est bien évident que Jésus ne cherche pas à donner un cours d’élevage ovin…
Pour ce qui concerne le texte de ce jour, il est au moins étrange que pour enseigner le Maître prenne en exemple un gérant de biens aux méthodes fort peu honnêtes vis-à-vis de l’homme pour qui il est censé travailler : il le vole délibérément pour s’assurer le soutien de ses débiteurs… Ce qui est mis ici en valeur c’est l’habileté à se faire des amis, à créer des solidarités.
Si donc elle est possible pour les « fils de ce monde » quand il s’agit de situations ambigües, on est sans doute capables de la développer en restant fidèles à l’Évangile pour créer de la fraternité.

Dans cette parabole Jésus ne s’adresse plus aux scribes et aux pharisiens comme dans le chapitre précédent, mais à ses disciples, à ceux qui se veulent « fils de la lumière ».

En famille
– On pourrait lire ce texte à plusieurs voix : Jésus, l’homme riche, l’intendant, le premier débiteur, le second.
– À la suite que chacun dise son étonnement, son désaccord, son approbation, etc.
– Enfin on échangera quelques idées pour améliorer ou étendre ses relations en accord avec l’enseignement de Jésus.

Pour prier
Seigneur et Père de l’humanité, toi qui as créé tous les êtres humains avec la même dignité, insuffle en nos cœurs un esprit fraternel. Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.
Aide-nous à créer des sociétés plus saines et un monde plus digne, sans faim, sans pauvreté, sans violence, sans guerres.
Que notre cœur s’ouvre à tous les peuples et nations de la terre, pour reconnaître le bien et la beauté que tu as semés en chacun pour forger des liens d’unité, des projets communs, des espérances partagées.
Amen !

Pape François, encyclique Fratelli tutti, octobre 2020

Mgr Yvon Aybram