Dimanche 7 mars 2021

3ème dimanche de Carême, année B

Les tables de la loi

En ce troisième dimanche de Carême nous lisons le texte gravé sur « les tables de pierre écrites du doigt de Dieu » (Ex 31, 18) : c’est dire l’importance de cet événement capital de l’histoire du salut. Jésus s’y réfère explicitement (cf. Mt 19, 16-22 ; Mc 10, 17-22 ; Lc 18, 18-22). Ce que nous avons l’habitude d’appeler les Dix commandements a depuis toujours servi de base (avec – ne l’oublions pas – les Béatitudes) à la catéchèse et à la présentation de la morale, de l’agir chrétien vis-à-vis du Seigneur et vis-à-vis des frères.

Le lectionnaire dominical donne aujourd’hui la version du livre de l’Exode (Ex 20, 1-17), mais nous en trouvons une autre recension dans le livre plus tardif du Deutéronome (Dt 5, 6-21). Pour les comparer on se réfèrera par exemple à la synopse du Catéchisme de l’Église Catholique (entre les numéros 2051 et 2052).

Il est vrai que le mot « commandement » n’a guère bonne presse de nos jours… Raison de plus pour revenir à la dénomination de « décalogue », transcription en français du grec de la Septante (traduction de la Bible dans cette langue au 3 e siècle avant Jésus Christ), lui-même reprenant littéralement l’hébreu. Plutôt que « Dix commandements » il faut préférer « Dix paroles » (de Dieu), d’autant qu’en ce temps de Carême le sens nous en est rappelé au moment de l’acclamation de l’Évangile : « Ta parole, Seigneur, est vérité et ta loi délivrance. » (cf. Ps 18).

Lorsque nous évoquons ce texte, la tentation serait de commencer par « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi. » (Ex 20, 3), négligeant le verset qui précède et qui fait explicitement partie de « toutes les paroles que Dieu prononça » : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage » (Ex 20, 2). Tel est celui qui s’adresse à nous : il désire nous libérer de tout esclavage à commencer par celui des faux dieux. Le Catéchisme de l’Église Catholique résume ainsi : « Les “dix paroles“ indiquent les conditions d’une vie libérée de l’esclavage du péché. Le Décalogue est un chemin de vie » (n° 2057).

Bien souvent dans ses tableaux, vitraux, dessins, Marc Chagall (1887-1985) a représenté les Tables de la Loi. Né en Biélorussie dans une famille de juifs hassidiques, il y a appris à lire et à aimer la Bible.

Regardons, par exemple, ce « Moïse recevant les Tables de la Loi » (huile sur toile datant de 1960-1966). Il fait partie d’une série de tableaux sur la Genèse et l’Exode, « Le message biblique », exposée depuis 1973 dans le musée consacré au peintre à Nice.

Comme toujours ses œuvres fourmillent d’une grande richesse de détails que l’on découvre à force de contempler. Relevons ici seulement certains d’entre eux.

– La montagne du Sinaï traverse la toile en diagonale et se détache sur la forte lumière jaune qui émane de la présence divine : c’est la « nuée lumineuse » (cf. Ex 13, 21) qui guidait le peuple dans sa traversée du désert ou encore celle de la Transfiguration (cf. Mc 9, 7) comme nous le lisions dimanche dernier. Le visage de Moïse irradie de cette même lumière (des rayons couronnent sa tête) depuis qu’il a vu Dieu face à face (cf. Ex 34, 29-35). Dès notre baptême nous nous trouvons dans la même situation et Jésus nous dit : « Que votre lumière brille devant les hommes » (Mt 5, 16).
– Des cieux sortent les mains de Dieu qui offre les Tables de la Loi : bien entendu le peintre ne peut représenter plus sauf à contrevenir au premier commandement : ne pas faire d’image de lui. Il demeure le Tout-Autre et ce n’est qu’en découvrant le visage du Christ que nous le voyons tel qu’il est. Dieu ne sort pas de notre imagination, c’est lui qui s’est révélé à Moïse et qui se révèle à nous. « Venez, et vous verrez » dit Jésus (Jn 1, 39).
– C’est ce que fait Moïse : son personnage immense s’élance vers le Décalogue et ses mains sont prêtes pour recevoir la Parole des mains divines. À la fois il apparaît comme un pont dressé entre terre et ciel et à la fois il semble en déséquilibre : sa force ne vient pas de lui mais de celui qui l’appelle et qui lui permet de ne pas sombrer dans les épreuves. À Pierre submergé par les eaux de Tibériade Jésus reproche : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14, 31).
– Au pied de la montagne le peuple attend. Certains sont tournés vers le sommet, d’autres sont attirés par le veau d’or (cf. Ex 32, 1-14) ; plus haut un couple est enlacé ; plus loin encore on aperçoit un village : ce sont les hommes et les femmes dans toute leur diversité de conditions et de fois. La montagne semble une barrière infranchissable entre eux et Dieu. C’est Moïse, porteur de la Parole, qui va établir l’Alliance et en donner les conditions telles qu’elles sont stipulées dans les Dix paroles. Parole faite chair, Jésus missionne ses disciples : « Allez aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les. » (Mt 22, 9).
– Sur la droite du tableau, le peuple d’Israël (on reconnaît en haut le roi David) reçoit la Torah de l’ange. Au-dessous se tient le frère de Moïse, Aaron ; il est revêtu des habits du grand-prêtre (cf. Ex 28) et il porte le chandelier à sept branches, la menorah (mot hébreu = « qui provient de la Flamme » divine ; cf. Ex 25, 31-40) : elle ne s’éteint jamais. Dans la nuit de Pâques nous chanterons devant le cierge pascal : « Nous te louons, splendeur du Père, Jésus, Fils de Dieu ! ».

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« Dieu notre Père, par le Christ tu as porté à sa perfection la loi donnée à Moïse au Sinaï : donne à tous les hommes de la reconnaître inscrite dans leur cœur et de la garder fidèlement. » (Liturgia horarum, vêpres du lundi de la 2 e semaine de Carême).

Mgr Yvon Aybram

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